“Femmes , femme”

Huile sur toile, châssis à clés
Format: 41 X 27 cm (n°6 paysage)
Titre: “Femmes, femme”

Sur la toile, deux livres s’empilent, l’un sur l’autre, comme des générations, des savoirs, des vies qui se superposent. Le plus grand, solide et épais, porte en lui les marques de nombreuses lectures : des signets glissés ça et là, traces de mains qui ont cherché, appris, transmis. Il est le pluriel, la multitude, l’ensemble de ces femmes qui, chacune à leur manière, ont écrit des pages d’histoire, de résistance, de tendresse. Elles sont les voix, les rires, les larmes, les combats, les silences aussi. Elles sont celles qui ont ouvert des chemins, porté des fards, élevé des enfants, brisé des plafonds. Elles sont la force collective, le fondement invisible sur lequel tout le reste repose…

… Puis, au-dessus, le livre plus petit, légèrement de travers, comme si on l’avait posé là en hâte, entre deux gestes, deux pensées, un travers heureux de la vie.
Lui aussi a ses marque-pages, mais il semble plus personnel, plus intime. Il est le singulier, l’unique. Il est elle : ma mère de cœur, celle qui a compté plus que les mots ne sauront jamais le dire. Celle qui m’a prise sous son aile, qui m’a montré comment aimer sans compter, comment être forte sans cesser d’être douce. Elle est la page marquée, le passage souligné, la phrase qui résonne encore longtemps après avoir refermé le livre.

Sur ce livre du dessus, deux objets reposent, comme deux offrandes.

D’abord, la petite tasse verte, où un lys s’épanouit, sa tige courte pour tenir dans l’espace étroit. Le lys, symbole de pureté, de renaissance, mais aussi de cette élégance discrète qui était la sienne. Il est là, fragile et fier à la fois, comme elle l’était; et son parfum qui m’accompagne encore. La tasse, elle, évoque ces moments partagés, ces thés, ces cafés, ces conversations qui n’en finissaient pas. Elle est le contenant de ses attentions, de ses « tiens, bois, ça va te réchauffer », de ses silences complices.

Puis, le citron, de profil. Acidulé, vibrant, plein de cette vie qui pique un peu les yeux mais qui réveille les cœurs. Il est son humour, sa franchise, cette façon qu’elle avait de dire les choses sans détour, mais toujours avec amour. Il est aussi cette touche d’éclat qu’elle apportait, cette lumière qui coupait à travers les ombres.

Femmes, femme : le titre dit tout. Le pluriel pour celles qui ont construit, inspiré, porté. Le singulier pour celle qui a incarné, pour moi, l’essence même de ce que signifie aimer et être aimée. Ce tableau est un hommage, une allégorie, une prière laïque. Il parle de transmission, de ces héritages qui ne se lisent pas dans les livres, mais qui s’inscrivent dans le cœur. Il dit merci. Il dit : « Je me souviens. » Il dit, surtout : « Tu comptes. » Et dans le désordre apparent de ces objets, dans leur équilibre fragile, il y a toute la beauté de ce qui ne s’explique pas, mais qui se vit, se ressent, et ne s’oublie jamais.

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