Le sujet !
Est-ce l'essentiel ? Le seul but ? La seule recherche ? La seule mission ?
Le ''tout'' !
Peut-être bien…
Ce choix dans mon atelier est uniquement sentimental.
Il est totalement inclus dans le prisme de mes sentiments.
Si je suis triste, si je souffre mentalement ou physiquement, il n'y en a plus, tout s'éloigne, disparaît, alors s'ajoute un vide immense à mes souffrances.
Mieux vaut ne pas souffrir !!!
Mais, la vie, elle, ne l'entend pas de cette oreille, elle nous malmène et nous devons sans cesse nous adapter.
Je ne raisonne pas mes sujets, je n'ai pas une liste établie à l’avance.
Je rencontre un objet, un paysage, une sensation qui est abstraite en moi, et l'envie et le désir font tout le reste, absolument tout!
Tout n'est que pulsion première, il n'y a aucune intention, ni séduction, ni formalisme, c'est juste ça…
Avec le temps je me rends compte à quel point c'est fragile, alors que dans ma jeunesse je pensais que les Sorgues coulaient sans possible interruption,
que Fontaine-de-Vaucluse était une source infaillible, comme tous les levers de soleil de chaque matin.
La vie s'est occupée de cette naïveté en moi, et aujourd’hui le ''sujet'' devient un sujet de réflexion, à bien ou à mal, je verrai bien !
Chacun sa définition, chacun ses références, ses sources, ses buts et ses chemins, il n'y a pas deux carrières pareilles, et aucun atelier n'est semblable à un autre.
Alors voici quelques points qui m'aident, et qui pourront peut-être vous aider !
1- Avoir un motif principal :
= Un élément et/ou l'idée centrale du travail, autour desquels l’œuvre va s'organiser
= Cet élément et/ou cette idée sont visuels ou sensitifs, et ils sont capables de porter mon émotion, donc de porter l’œuvre.
2- Mettre en place la composition la plus juste :
Quand une émotion fait sens, il ne s'agit pas de perdre la raison et de se laisser porter, car je perdrai les savoir-faire techniques.
Il me faudra tenir la barre pour ne pas me perdre en pleine mer (ça peut m'arriver !!!).
La composition sera mon GPS.
Il me faut agencer, mettre en place, les formes, les couleurs, les contrastes dans l'espace et le support.
Mais aussi, il faudra établir le choix des teintes dans leurs nuances, leurs harmonies et leurs dissonances.
Sans cette boussole, rien ne va. (J’ai tenté le coup quelques fois!!!…)
3- le sujet a besoin d'un cadre (comme tout le monde !) :
= La proportion des ''objets'' ou motifs dans l'espace de la toile, mais aussi entre eux.
Ils sont représentés en deux dimensions, la troisième est un stratagème, un casse-tête important.
La tasse devant la théière doit avoir sa place bien à elle, plus la distance qui les sépare !
Ha ! Quelle belle notion : ''la distance qui les sépare'', et combien d'erreurs ? (Surtout entre nous les humains!!!)
Chaque ''objet'' occupe sa juste place, pour lui-même et par rapport aux autres.
Donc, penser les formes et les volumes que les ''objets'' occupent, pour gérer cette notion de profondeur qui n'existe pas en peinture, c'est un défi, mais on s'y fait !
4- Le style approprié fait partie du choix du sujet:
Classique, abstraction, impressionnisme, style inclassable et personnel…
La touche aussi, les matériaux, les médiums, les toiles ou autres supports, tout va entrer ici en jeu et définir le style qui va transmettre le sujet.
Dans mon atelier, le choix du sujet est l'essence même de ma peinture.
Elle se manifestera par mes émotions et mes sentiments les plus fidèles et les plus amicaux,
par conséquent à travers mes relations au monde et aux autres, c'est un but profond,
et c'est extrêmement subjectif, non quantifiable, non gérable, et non communicable, car chaque expérience étant subjective elle est personnelle.
Autrement dit, si cela fait sens pour moi, il n’en sera pas de même pour tous,
et c'est une chose à accepter de bonne grâce dès le début pour pouvoir avancer et peindre longtemps.
Le sujet et tout ce qu'il comprend de notions ne plairont pas forcément et c'est très bien ainsi.
Ce n'est pas un effort à faire, c'est quelque chose de naturel et d'inévitable,
et ça ne m'a jamais posé de problèmes, j'espère qu'à vous non plus, car ce serait une perte de temps et d'énergie.
Vous êtes différent des autres, ce qui compte c'est de peindre, le reste…
Le reste dépend de l'économie de marché et c'est un autre monde que celui du ''sujet''!
Vous êtes différent des autres, et c’est une singularité réciproque.
Le choix d'un sujet, ou son arrivée sur le chevalet, est ce que j'appelle mon inspiration : sujet et inspiration sont des synonymes pour moi.
Avoir envie, sentir un désir suffisamment fort pour pouvoir affronter tout ce qui va en découler pour lui donner vie.
Certains appellent cela une maternité!
N'ayant pas mis d’enfants au monde, je ne peux pas comparer ces deux notions entre elles !
Cependant la vie m'a appris d'autres choses belles et tristes qui peuvent pallier ce manque.
En définitive, l'écrasante majorité des peintres professionnels, ou connus, sont des hommes et ils n'enfanteront pas non plus, donc cette notion reste non applicable pour moi !
Le choix d’un sujet n’a rien à voir avec un début de maternité!
Le sujet est lié, ou bien, subordonné aux techniques acquises.
Là, en général ça pique un peu ! ...
Il est difficile de peindre sans aucune notion, sans aucun apprentissage. (Haï!)
Oui, je sais, il y a des mythologies récurrentes, mais disons que dans l'ensemble, si vous désirez peindre une pomme,
il va falloir apprendre deux ou trois choses si vous ne voulez pas voir votre travail se ruiner assez vite dans les conjonctures de la technique.
Ces ''conjonctures'' vous attendent de pied ferme !
Là encore, être souple, apprendre de bonne grâce et avec envie reste les meilleures méthodes possibles.
Quoi qu’il en soit, rien n'empêche quiconque de se lancer dans l'aventure à sa guise et à sa manière,
c'est juste que je n'aime pas souffrir pour rien, qu'apprendre est pour moi une source de plaisirs et de joies immenses,
et qu'échouer reste une difficulté qu'il me plaît d'éviter.
Bref, si un santon me dit qu'en faisant comme cela tout ira un peu mieux, même si le temps est plus long, et si des exercices sont à faire en amont,
tout bien réfléchi, je crois que j’essaierai de l'écouter.
Le carnage dans la crèche, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de santons bavards, et encore moins gratuitement,
mais il y a toujours un ravi comme moi quelque part…
De plus il y a les bibliothèques, qui ont des… livres !!! Et oui les livres !
Ainsi, pour pouvoir faire vivre un sujet, il va falloir apprendre à le faire.
Voilà que je viens de perdre toute audience possible… Et pourtant !
Le sujet reste un choix intime, et l’exprimer comme toute activité sera lié à l'acquisition de savoirs.
Mais il y a un bonus, une carte chance : l'observation du monde… C'est la récompense !
Aucun apprentissage ne sera complet sans l’onservation du monde.
Regarder, découvrir, avoir les yeux ouverts, les narines au vent, le cœur en amour, et l'âme en amitié,
manger les plaisirs des saisons, des jours, des nuits, et observer.
C'est mieux qu'un gâteau !
Apprendre, c'est aussi regarder, regarder le monde, et regarder les tableaux, aimer les autres peintres, comme de bons amis, en tout cas ceux qui vous plaisent !
Je n'ai pas de temps à accorder aux choses qui ne me plaisent pas, ce n'est rien d'autre qu'un problème de temps !
Vivre dans les tableaux des peintres que j'aime, dans les livres, dans les films, dans les musiques, dans les chansons, dans les poésies,
c'est déjà presque impossible car tant de choses me plaisent ! ...
Vivre dans les paysages que des agriculteurs dessinent autour de moi, tous les jours, est dans l’absolu, un apprentissage. (Certains d'entre eux sont de grands artistes.)
Vivre dans l'amitié des personnes que j'aime, est le plus beau des paysages.
Vivre quelque chose de réel, même si c'est simple, surtout si c'est simple, est un appentissage,
et pouvoir affronter les difficultés avec courage et loyauté envers ceux qui m'aident à y faire face, reste de plus beau de mes apprentissages.
Voilà ma Fontaine-de-Vaucluse, ma résurgence intarissable, d'où viennent mes Sorgues tout autour de mon atelier.
En plus, ici, nous avons l'eau du canal au cas où !
Dans ce choix du sujet, s’entremêlent le motif et le thème :
Le motif : c'est cet élément visuel (au singulier ou au pluriel), un objet, un fruit, un paysage ; c'est littéralement visuel, descriptif, isolé ou répété.
Un même motif peut servir plusieurs thèmes parfois bien différents les uns des autres.
Le thème : c'est l'idée abstraite qui lance le travail, l'émotion, l'envie ou le désir pour moi.
C'est l'évocation : comme un souvenir qui revient, une nostalgie joyeuse, une douceur, un bien-être, c'est ce que je ressens,
ou la façon dont chacun interprète à sa guise ce qu'il ressent.
C'est la profondeur qui relie l’œuvre à mon histoire et à celle du regard des autres.
Ici aussi, un même thème peut s'adapter à plusieurs motifs différents.
Donc, pour moi, c'est important qu'un sujet ait un motif visuel ou abstrait, mais aussi un thème,
les deux sont importants pour moi, ainsi chaque toile porte son histoire dans mon atelier,
et lorsqu'elle en sort, soit elle garde son histoire native, soit elle adopte celle de son nouveau foyer,
en vieillissant bien des histoires lui seront attachées.
À la question : “Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?”
Mon très cher Alphonse, la réponse est : OUI …
Et chaque sujet a une âme, qui s’attache à mon âme et ma force d’aimer!
Existerait-il quelque part un athanor, caché dans un espace géographique et un espace-temps, dans un labo d'alchimie médiévale ?
Je n'y chercherais pas les secrets de la pierre phylosophale, ou de l'élixir de longue vie.
Je chercherais à réussir :
- une cuisson lente des émotions,
- une transformation des motifs et des thèmes,
- de la patience, du temps, des apprentissages.
Mais ce n'est pas une superproduction de mondes magiques de plus en plus improbables et violents que nous sert trop souvent Hollywood.
Il s'agit de vivre calmement et tranquillement un quotidien de peintre !
Chuuuut !
L'athanor existe…
Mais pas dans un monde magique, fantasmé et photoshopé, acquis par une magie qui ne touche le front que des élus.
Non, il est infiniment petit, il est en nous, en chacun de nous, et il nous rend humain créateur ou pas...
J'aime peindre des objets simples, sans aucune valeur précise, mais surtout, j'aime savoir ce qu'ils font là,
sous cette lumière, dans ce contexte que je leur donne, dans le choix des teintes, dans le cadrage, dans l'espace où ils sont, avec ce qu'ils ont autour.
Quelque chose sans argent, sans possession, qui est accessible, disponible, à ce moment-là, sans exotismes !
Une rencontre, c'est une idée qui épouse un sentiment et voilà la magie éclate,
c'est irrésistible, c'est électrique, nerveux, musculaire, et comme dirait La Grande c'est lymphatique ça circule de partout dans le corps,
et coûte que coûte, quel que soit l'obstacle (il y en a des acharnés !) on passe à l'acte et boum, on peint !
C'est une catastrophe magnifique !
Le sujet est l'acte primordial, essentiel;
Son choix ici, est pure essence, pur désir, une joie effrénée et sensible à absolument tout.
Qu'est-ce qui pourrait arriver de pire à propos du ''sujet'' ?
Ce serait, pour moi, le manque d'envies, le manque de désir.
Que le motif n'épouse pas le thème, que l'idée ne trouve plus son sentiment.
Là, ce serait un trou noir, et il n'y aurait plus aucune toile, aucune œuvre.
Mais la beauté peut naître de l'honnêteté, pas seulement de la joie, si la joie n'est plus.
Bien à vous,
Isabelle LLOR
Lisou pour les intimes et les autres …
Pierre-Auguste RENOIR :
« À mon sens, un tableau doit être quelque chose d'agréable, de joyeux et de joli, oui, de joli !
Il y a déjà bien assez de choses désagréables dans la vie sans en créer d'avantage. »
Alphonse de LAMARTINE :
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? »