PINCEAUX.
Mes pinceaux, mes achats passés et à venir, l’éthique et l’écologie!
Pour commencer ce sujet, également délicat, je tiens à dire, en premier lieu, que je n’ai aucune accointance, ni de collaboration avec aucune marque !
Je suis certaine de ne pas avoir toutes les données, et je ne demande qu'à évoluer encore dans l'avenir vers de meilleures pratiques, plus éthiques et plus écologiques !
Au début de ma carrière (il y a longtemps, dans une autre galaxie !…), j’utilisais des pinceaux en poils naturels : j’appréciais la martre et le putois.
Internet n’existait pas, et les sources d’information n’étaient que celles des cours et du marketing des fabricants.
Cependant, j’étais contre l’utilisation d’animaux élevés en cage pour leur fourrure et la confection de manteaux. Cela me révoltait, et très jeune, j’ai fait le parallèle avec mes pinceaux de beaux-arts.
J’ai alors écrit aux fabricants des marques commerciales que j’appréciais, mais je n’ai jamais obtenu de réponse de leur part. Mes courriers restaient lettre morte.
C’était pour moi une réponse claire : il ne fallait pas communiquer sur la provenance des poils naturels pour la fabrication des pinceaux.
Très vite dans ma carrière, à une époque où peu de personnes étaient informées ou sensibilisées au sujet des souffrances animales, j’ai pris la décision de diviser en deux catégories la provenance des poils naturels pour les beaux-arts.
Bien entendu, les personnes véganes ne feront pas cette distinction, et de leur point de vue, elles ont raison.
Aujourd’hui, ces informations sont accessibles, et chaque peintre peut faire des choix éclairés sur les achats qu’il souhaite, selon ses techniques, ses envies et ses convictions propres.
Chacun est libre. Je ne ferai pas de critique à l’égard de mes collègues ; simplement, j’exprime ici mes choix pour mes achats.
De mon point de vue, il y a deux provenances différentes pour les poils d’animaux destinés à la confection de pinceaux :
Les animaux capturés dans leur milieu naturel ou élevés en captivité.
Les animaux d’élevage, dont les poils sont des déchets recyclés ou tondus.
1. Les animaux capturés dans leur milieu naturel ou élevés en cage :
Je ne suis pas ici pour tenir un discours choc sur la violence des élevages, des captures ou sur la manière dont les poils sont prélevés, car je ne peux pas décrire les violences infligées à ces animaux. Ce sont des choses difficiles et violentes.
C’est à chacun d’entre nous de chercher ces informations selon son degré de sensibilité.
Voici quelques notions :
1.1 Les élevages dédiés sont proscrits dans la plupart des pays de l’UE, mais certains pays n’ont pas encore ces restrictions. Cela m’étonne que ce soit un problème encore possible.
C’est un sujet problématique à bien des égards.
Les principaux fournisseurs sont la Chine et la Russie ; ces origines me posent véritablement un questionnement éthique.
En ce qui me concerne, c’est non, et ce depuis des décennies. C’est à chacun de prendre position ; je ne juge pas ici les choix des autres peintres.
1.2 Le braconnage : c’est encore plus complexe, car la question que je me pose est : « Comment est-il possible de piéger des écureuils et des martres dans leur milieu naturel ? Est-ce pire ? Non, c’est équivalent en matière de violence et de carnage.
1.3 L’opacité des filières. Aujourd’hui encore, la transparence sur ces origines est floue.
Je ne vois aucune argumentation valide et transparente chez les fabricants.
Je pense qu’il ne peut exister aucune raison d’être rassuré concernant ces élevages et ces captures, sans compter les méthodes de prélèvement sur l’animal.
C’est une horreur. Si vous êtes sensibles, ne cherchez pas à savoir, mais simplement, ne les achetez plus.
Si vous souhaitez en savoir plus, rapprochez-vous des associations de protection des animaux et préparez-vous au pire.
2. Les animaux élevés pour leur viande, dont les poils sont des déchets recyclés :
Je ne suis pas végane et je mange de la viande. J’utilise des pinceaux en poils naturels, qui sont encore dans mon stock, mais que je n’achèterai plus :
Les pinceaux en soie de porc : ces poils sont des déchets de l’industrie alimentaire (les porcs sont élevés pour leur viande), ce qui en fait une option plus éthique pour moi.
Il s’agit d’un sous-produit de l’abattage alimentaire, ce qui est fondamentalement différent du cas d’animaux maltraités avec cruauté spécifiquement pour leurs poils.
Les pinceaux en poils de chèvre, poney ou cheval : les poils sont généralement issus d’animaux d’élevage, tondus ou brossés, ou récupérés après abattage (pour la viande ou le cuir). Par exemple, les poils de chèvre sont souvent tondus annuellement.
J’ai un stock de ce type de pinceaux que je ne peux pas jeter : ce ne serait pas respectueux. Cependant, je pense que je ne les remplacerai pas par de nouveaux achats de ces catégories.
Je me méfie des termes flous comme "poils naturels éthiques" ou "récoltés sans cruauté" : sans preuve, ces allégations restent invérifiables.
Les pinceaux en "soie de porc" sont généralement éthiques (sous-produit de l’industrie alimentaire), mais il faut que la marque ne les mélange pas avec d’autres poils animaux.
Les pinceaux en poils de bœuf, sont très certainement issus d’élevage en Chine, alors qu’ils pourraient sembler être issus de tontes.
3. Les pinceaux synthétiques :
Pour éviter la souffrance animale :
les poils de martre, d’écureuil ou de blaireau sont souvent liés à des pratiques cruelles ou à un élevage dédié, avec une traçabilité impossible et sans certification claire. Sachant que la captivité serait la seule solution pour les fabricants, la seule alternative possible est l’utilisation de pinceaux synthétiques.
Au tout début de mon utilisation de ces pinceaux, il y a longtemps, tout était compliqué : ils avaient une durée de vie très courte, leur prix était tout aussi élevé que celui des pinceaux en poils naturels, et ils ne résistaient absolument pas aux solvants pour l’huile : ils s’ouvraient rapidement en éventail, et ils retenaient beaucoup de matière au niveau de la virole.
Aujourd’hui, les choses ont évolué : leurs qualités ont bien changé, et ils sont devenus d’excellents substituts aux poils naturels, même pour mes techniques à l’huile.
Même pour mes techniques de patines, je n’utilise pas de blaireau, ni même de soie de porc ; les pinceaux synthétiques accomplissent bien leur travail.
Rien n'est jamais parfait : les pinceaux en matières synthétiques posent également la problématique de leur composition… Quelle rabat-joie !
Ces pinceaux sont fabriqués à partir de polymères pétroliers, rien de glamour !
Du nylon : le plus utilisé, très résistant, souple, imitant la martre ou le blaireau.
Du taklon : plus doux et plutôt pour l'aquarelle et l'acrylique
Du polyester : moins intéressant pour l'huile.
Alors, oui leur recyclage reste LE problème !
Par ailleurs l’économie ne sera pas flagrante : les pinceaux de qualité européenne restent chers. Mais choisir la qualité plutôt que la quantité est toujours le meilleur choix.
4. Les marques que j’apprécie :
J’aime travailler avec Isabey (gamme Isacryl), Raphaël (gamme Kaërell), Escoda (gamme Versàtil synthétique) et Rosemary (gamme Eclypse).
Si la provenance des poils naturels reste une interrogation suffisante pour ne plus en acheter depuis longtemps, une autre problématique m’anime :
Où est-ce que les marques fabriquent leurs pinceaux ?
Isabey et Raphaël fabriquent en France, Isabey depuis 1895, et Raphaël depuis 1793.
Escoda fabrique en Catalogne à Sabadell, et Rosemary au Royaume-Uni.
Visitez leurs sites, c’est toujours intéressant. Cependant, oui, ces entreprises fabriquent encore des pinceaux en poils naturels !
Je ne connais pas, à ce jour, d’entreprise qui fabrique en UE ou au Royaume-Uni uniquement des pinceaux synthétiques, sans produire aussi de pinceaux en poils naturels !
Peut-être devrais-je chercher du côté des USA, à suivre... !
Lors de mes prochaines commandes, je m’offrirai des pinceaux en coco et en bambou, ils ne seront pas bons pour l’huile, mais pour l’encre et l’aquarelle, je pense que ce sera intéressant de les étudier.
CONCLUSION :
Depuis des années, j’achète uniquement des pinceaux en poils synthétiques, dont la qualité ne cesse de s’améliorer, chez des fabricants qui me garantissent une production dans l’UE ou au Royaume-Uni, même s’ils fabriquent aussi des pinceaux en poils naturels.
Les pinceaux fabriqués hors de ces pays soulèvent chez moi une préoccupation éthique encore plus grande que la souffrance animale : celle de la souffrance humaine.
Qui a dit que c’était facile d’être peintre ?